Avant de se lancer dans de vastes chantiers de requalification urbaine, des chartes bilatérales ont été signées entre la capitale et chacune de ses communes voisines.
Les entrées de Paris sont indignes de la capitale. Il était indispensable de changer le visage de ces zones en déshérence », s'exclame Roger Madec, maire du 19e arrondissement. « Durant des décennies, ces seuils étaient des lieux hostiles, illustrant les divisions entre la capitale et ses communes voisines. Aujourd'hui, les opérations de reconquête de ces territoires visent à les remettre à leur vraie place. Ils sont au coeur de l'anneau central de l'agglomération et ne sont pas en limite de la ville, ni en périphérie », précise Pierre Mansat, adjoint au maire de Paris chargé des relations avec les collectivités territoriales d'Ile-de-France. « La politique actuelle d'aménagement urbain illustre une volonté de reconstituer des morceaux de ville abîmés et isolés. C'est un projet à l'échelle de l'agglomération. »
Pourtant, avant de se lancer dans ces vastes chantiers de réhabilitation et de requalification urbaine, de nombreuses chartes bilatérales ont été signées depuis 2001 entre la capitale et ses voisines avec l'objectif de mettre à plat les difficultés, évaluer ensemble les besoins et les objectifs de ces morceaux de ville souvent situés à cheval sur deux, voire trois communes. Cette volonté de concertation s'est illustrée avec l'organisation, le 7 juillet à Vanves (Hauts-de-Seine) de la première édition de la Conférence métropolitaine de l'agglomération parisienne. « Les élus locaux sont aujourd'hui confrontés à des défis et à des enjeux communs dépassant le simple cadre communal », explique Bernard Gauducheau, maire de Vanves. « Cette conférence était destinée à favoriser le dialogue, réfléchir ensemble sur la manière d'agir de façon concertée. »
L'ouvrage « Aménager Paris » (1) recense 9 grands chantiers destinés à « réhabiliter la couronne ». Du secteur Paris nord-est, à la porte de Montreuil en passant par les portes des Lilas, Pouchet, de Vincennes, et de Vanves, la plupart se concentrent dans la moitié est de la capitale. Paris, via des sociétés d'économie mixte, la Semavip et la Semaest, est seule à assurer la maîtrise d'ouvrage de ces projets programmés sur les quinze ou vingt prochaines années. Mais la ville n'est pas encore propriétaire de tous les terrains, loin s'en faut. Beaucoup sont encore entre les mains de Réseau Ferré de France (RFF).
Depuis cette année, la Société de valorisation foncière et immobilière (Sovafim), nouvelle structure créée par la loi de Finances 2006, est chargée de valoriser le patrimoine cessible. « Il y a aujourd'hui beaucoup de terrains qui lui ont été transférés. Ils seront prochainement mis sur le marché », indique Bernard Chaineaux, directeur régional de RFF Ile-de-France. « La mise en vente de ces emprises s'organise toujours en accord avec la mairie ou l'arrondissement concernés. Rien n'est engagé sans le feu vert des élus locaux. »
Volonté politique commune
« C'est la première fois de ma carrière que je note de la part de villes voisines une volonté politique commune d'avancer sur un même projet », commente Inès Reinmann, président-directeur général d'Icade-EMGP, filiale de la Caisse des Dépôts, propriétaire de 76,5 hectares d'emprises foncières et de locaux tertiaires loués, situés à Saint-Denis, Aubervilliers et dans le 19e arrondissement de Paris. « Dans ce secteur en mutation, les élus des trois communes ont l'obsession de réussir ces portes de Paris et de la banlieue. Aussi tous travaillent-ils dans le même esprit et en synergie totale. Cette dynamique permet de faire avancer les dossiers. »
Dans cette partie de la capitale, la société et les collectivités locales planchent sur la création d'un morceau de ville qui commencera à voir le jour courant 2010. Côté d'Aubervilliers, non loin de la darse, le triangle formé par le périphérique, la rue de la Gare et de l'avenue Victor-Hugo va être aménagé. Au programme figure l'ouverture en 2010 d'un centre commercial composé d'une grande surface alimentaire de 4.000 m2, de 95 boutiques et de restaurants. Une fois la gestion des derniers recours engagés sur le permis de construire du centre commercial, les travaux devraient débuter courant 2007.
Baptisé « Canal Porte d'Aubervilliers », ce quartier va également accueillir 165.000 m2 d'activités tertiaires développés par Icade-EMGP et soutenu par la ville d'Aubervilliers et Plaine Commune. L'aménagement prévoit aussi la construction de 400 logements dont 60 % en accession à la propriété et 40 % en sociaux. « Près de 10.000 personnes devraient travailler dans ce secteur où l'arrivée du métro est envisagé, avec l'extension de la ligne 12 au niveau des rues Proudhon-Gardinoux à Saint-Denis », déclare Joël Demartini, directeur général des services à la mairie d'Aubervilliers.
Plus à l'est, la portion de périphérique qui s'étend de la porte de la Villette à celle de la Chapelle va être le théâtre de grands changements. « Sur cette seule section, près de 200 hectares seront réaménagés », détaille Roger Madec. Ainsi, la couverture du périphérique à la porte des Lilas va créer une dalle de 15.000 m2 qui comprendra des jardins, une promenade aménagée d'espaces sportifs et de cinémas. Sur ce chantier parisien, le plus avancé à ce jour, 50.000 m2 de bureaux seront répartis en 3 immeubles. Les travaux ont démarré. En concertation avec la mairie du 19e et les communes des Lilas, de Bagnolet et du Pré-Saint-Gervais, un ensemble de 300 logements mixtes et de bureaux va voir le jour. « L'ouverture d'une annexe de la Cité universitaire et d'une résidence pour personnes âgées complètent l'aménagement du secteur », annonce l'élu. Non loin, sur le boulevard MacDonald, des logements seront à 60 % en accession privée et le reste réservé à l'habitat locatif social.
Des tours sur les quais d'Issy
Coincée entre les boulevards des Maréchaux et le périphérique, la porte de Montreuil est également promise à une requalification d'envergure. Ce secteur qui fait la jonction entre Paris, Montreuil et Bagnolet connaît des difficultés urbaines et sociales. La liste des travaux prévus comprend, entre autres, la réorganisation de certaines rues, la couverture du rond-point central de la porte, le réaménagement du marché aux puces, une liaison entre les quartiers situés de part et d'autre du périphérique, la réduction de la circulation automobile, etc.
A la porte d'Ivry, près de 65.200 m2 seront aménagés dont 17.000 m2 de logements, 16.500 m2 d'équipements publics (crèches, équipements pour personnes âgées). La rénovation du quartier Bédier-Boutroux fera la part belle aux logements sociaux dont certains seront construits et d'autres réhabilités par la RIVP et l'Opac de Paris. La tour T2 contiguë au boulevard périphérique sera détruite. « Il est aussi prévu dans ce quartier quelques commerces, un hôtel d'une ou deux étoiles et un centre de séjour », souligne Serge Blisko, député-maire du 13e arrondissement. Plus au sud, dans le prolongement du développement urbain Seine-Rive gauche réalisé par la Semapa, le quartier continue sa mutation. En novembre, la ville inaugurera le Bio Park, un parc scientifique et technologique situé au coeur de la nouvelle zone d'activités Tolbiac-Massena.
Porte de Vanves, à la limite du 15e arrondissement et de Vanves, l'enfouissement du périphérique dont la fin du chantier est annoncée fin 2008, va permettre d'aménager un jardin public et des espaces verts. Plus à l'ouest à Issy-les-Moulineaux (Hauts-de-Seine), c'est un secteur de plus de 20 hectares qui se transforme. Pour André Santini, député-maire d'Issy, « plus qu'un besoin, c'est l'opportunité qui a été le moteur de notre action à l'entrée de la commune ». « Nous avons voulu transformer ces friches qui se situent aux portes de Paris et du département des Hauts-de-Seine », s'enthousiasme-t-il.
Plusieurs tours de bureaux seront érigées dans un paysage urbain en lisière de la voie rapide et des quais. Eos Generali construira 49.000 m2 de bureaux répartis en trois immeubles « bateaux », dont la première livraison est prévue au premier semestre 2008. « Cet ensemble devrait être le siège social française de Microsoft », espère l'élu. La future tour de 90 mètres de haut, destinée au siège de Bouygues Telecom, offrira 87.000 m2. « Le travail en commun avec Paris a été indispensable car deux permis de construire, un à Issy l'autre à Paris, ont été nécessaires pour réaliser ce projet », résume André Santini.