Le Grand Pari(s), dans les coulisses
envoyé par LEXPRESS

« Un grand chantier de dix ans pour l'après-crise, la ville du développement durable »... Il y avait du Napoléon III dans Nicolas Sarkozy, mercredi, devant les maquettes du Grand Paris de demain, réalisées par les meilleurs architectes. Mais, se méfiant des « rêves fous de cité idéale », il a tenu à rappeler que « la ville est faite pour l'homme et non l'homme pour la ville ».
En politique pragmatique, il a habilement repris la main sur un dossier géré par le conseil régional (de gauche) et la conférence du Grand Paris mise en place par Bertrand Delanoë. « L'État est décidé à partager le pouvoir à condition qu'il ne soit pas paralysé », a-t-il déclaré, assurant Jean-Paul Huchon, le président de la Région, que l'État financerait le schéma directeur de l'Ile-de-France, en panne depuis de longs mois.
Le Havre à une heure de Paris
Premier projet annoncé : le développement de la vallée de la Seine « jusqu'au port de Paris qu'est Le Havre ». Avec la construction d'une liaison rapide, mettant les deux villes à une heure l'une de l'autre, et d'une gare TGV à la Défense.
Des pôles d'excellence
Il s'agit du projet du secrétaire d'État, Christian Blanc. La Défense, cité des services financiers. Saclay, où le plateau scientifique recevra 850 millions d'euros prévus au plan campus. Villejuif, pour la médecine et la cancérologie. Plaine Saint-Denis : industries de création. Le Bourget : l'aviation. Villepinte : logistique industrielle et commerce international. Il y aurait huit à dix de ces pôles d'excellence à vocation mondiale.
130 kilomètres de nouveau métro automatique
Il assurera la liaison, « le plus possible en aérien » entre les pôles et la desserte d'un Grand Paris étendu jusqu'aux gares de Versailles-Chantiers et aux aérogares de Roissy et d'Orly. Ce « grand huit » est le bébé de Christian Blanc. Mais Nicolas Sarkozy souhaite le coupler avec le projet Huchon d'un métro circulaire plus près du périphérique. Coût pour l'État: 35 milliards d'euros. Trente gares sont à construire. La valorisation des espaces de proximité laissera des recettes fiscales pour compléter le financement. Un partenariat public-privé pourra concerner les projets les plus rentables. Ce métro fonctionnera 24 heures sur 24.
Feu vert aux autres projets
Les prolongements des RER, de la ligne de métro automatique 14 Grande-Bibliothèque-Saint-Lazare, les lignes de tramways, sont acceptées par l'État. Un objectif : une tarification unique « pour que le banlieusard paie le même prix que le Parisien ».
Calendrier annoncé
Un schéma des transports avant l'été. Un projet de loi-cadre fixant les moyens financiers pour la fin de l'année. Début des travaux en 2012. Réalisation en dix ans. Dès 2010 et tous les quatre ans, un forum mondial des villes sera organisé à Paris.
La fin des zonages
Fini les « zones d'activité, de commerce, d'habitation, de loisirs... « Il faut travailler sur des périmètres plus larges (...) Libérer l'offre, déréglementer, relever les coefficients d'occupation des sols, densifier le pourtour des espaces verts. Et, pour créer de la continuité et lutter contre l'enclavement, recouvrir les axes de circulation ». 70 000 logements seront à construire chaque année. L'un des dix projets présentés hier prévoit la plantation d'une nouvelle forêt près de Roissy. « Pourquoi pas ? », a répondu le chef de l'État.
Dix grands architectes exposent leur vision
En appuyant l'idée d'un Grand Paris, le chef de l'Etat avait plaidé pour un projet "fort, original et réaliste". Le travail réalisé depuis près d'un an par dix grands cabinets d'achitectes internationaux est présenté au grand public, à partir du jeudi 30 avril, à la Cité de l'architecture à Paris. L'exposition, jusqu'au 22 novembre, est gratuite. Après, une version allégée voyagera dans tout l'Ile-de-France.
Avec des tables lumineuses, des plans en relief, des écrans de télévision et même le cri des mouettes, Jean Nouvel, Christian de Portzamparc ou Richard Rogers montrent leur travaux issus des 600 pages des deux études qui leur ont été demandées : la "métropole d'après Kyoto" et la "métropole parisienne". Chaque équipe dispose d'un "kiosque" en losange, de 16m2, les dix s'alignant le long de la galerie des moulages anciens du musée des Monuments français.
Jean Nouvel plaide pour des "éco-cités" où l'on oserait construire en hauteur, au-delà des 37 mètres actuellement autorisés. Le concepteur de l'Institut du musée du quai Branly a imaginé une cité du futur à Villacoublay, dans les Yvelines.
Yves Lion suggère d'autoriser chaque propriétaire de pavillon à construire 100 m2 supplémentaires sur sa parcelle, en faisant place à l'imagination et aux idées "vertes". Roland Castro ferait naître un quartier d'affaires du type de celui de La Défense sur une île artificielle bâtie sur la Seine au niveau de Vitry (Val-de-Marne).
Le Britannique Richard Rogers envisage des centrales souterraines pour le traitement des déchets et la production d'énergie. Frank Gehry, concepteur du musée Guggenheim de Bilbao, veut coiffer la tour Montparnasse d'une chiffonnade dorée et lui offrir trois soeurs plus petites.
L'urbaniste Christian de Portzamparc a dessiné un métro aérien immaculé, "l'Annulaire", au-dessus du boulevard périphérique et suggère de créer à Aubervilliers (Seine-Saint-Denis) une gare internationale née de la fusion des gares de l'Est et du Nord, aujourd'hui saturées.
Antoine Grumbach voit plus loin, jusqu'à la mer, en suggérant de mettre Paris à une heure de TGV du Havre (Seine-Maritime) tout en développant le trafic fluvial entre les deux villes. Tous ont valorisé la Seine, la Marne et l'Oise y voyant un moyen naturel de transporter voyageurs et marchandises ou encore de protéger la capitale contre les inondations.
Les projets des architectes, "véritable trésor", seront "des éléments de réflexion au pot". Il ne s'agit pas de confier l'aménagement de la métropole à un seul, mais de "fournir leurs idées aux décideurs". Des textes vont cependant "permettre aux architectes de s'impliquer davantage dans la conduite des projets" urbains.
Réactions
Le président (PCF) du conseil général du Val-de-Marne, Christian Favier, s'est dit "rassuré" mercredi après le discours de Nicolas Sarkozy. Il s'est félicité de la "prise en compte du territoire val-de-marnais" en termes de transport et de développement.
Le président PS du Conseil général de Seine-Saint-Denis, Claude Bartolone: "Je dis chiche (...). J'ai l'honnêteté de reconnaître aujourd'hui que ce projet de Grand Paris est séduisant. Il permet aux collectivités locales de travailler au rattrapage du retard accumulé par l'Etat ces dernières décennies (...) et facilite le développement économique de l'Ile-de-France". Mais, dit-il, le chef de l'Etat "est resté très flou en matière de financement".
L'adjoint vert à l'Environnement à la mairie de Paris, Denis Baupin: "Là où certains attendaient un discours fondateur pour un Grand Paris à la hauteur des enjeux du XXIème siècle, se sont succédés effets de manche, annonces juxtaposées sans cohérence (...) La montagne accouche d'une souris et elle n'est pas verte !"
Le chef de l'opposition UMP au conseil régional d'Ile-de-France, Roger Karoutchi, secrétaire d'Etat aux relations avec le Parlement : "Enfin, la Région capitale va retrouver un souffle fondé sur une vision intégrée de grands pôles de développement, d'un nouveau réseau de transports avec de nouvelles dessertes de métros automatiques, avec de grands gestes architecturaux et d'urbanisme faisant de Paris une ville monde à l'instar de Londres ou de New York".
François Sauvadet (Nouveau Centre): "Nicolas Sarkozy a su donner un sens au concept du Grand Paris avec une véritable vision d'avenir éloignée du mécano-institutionnel dans lequel il semblait s'embourber".
Le MEDEF: "si l'Ile-de-France veut redevenir la locomotive française elle doit dès aujourd'hui préparer la sortie de crise. L'organisation du Grand Paris s'inscrit dans cette perspective".
Le PDG de la RATP, Pierre Mongin: "Le président de la République donne rendez-vous à l'histoire pour notre Région. Il a mis les transports au coeur de la vie quotidienne et la beauté de la Ville. 10 ans pour réaliser ces projets, c'est un beau défi : à la RATP nous y sommes prêts".
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